Un jour j’ai rêvé d’écrire un livre qui allait changer le cours de ma vie. Ce livre, je le méditais depuis quelques années. Ce livre, si je l’avais écrit, se serait inspiré d’un archétype de la littérature : la résurgence du mythe d’Orphée me plaisait bien ! Le scénario aurait été le suivant : un homme cherche dans l’enfer d’une ville contemporaine sa femme qui vient de le quitter. L’homme fouille partout dans les différents endroits de la ville où pourrait se trouver sa femme. Tous les bas-fonds de la ville y passent. Chaque lieu investigué devient une étape de plus pour l’homme, une nouvelle recherche : la quête d’un soi perdu, d’une mémoire oubliée, du sens perdu. Chaque étape, dis-je, est un rite d’initiation. Et la quête aurait abouti soit sur une noyade symbolique, styxienne, ou encore sur une vie nouvelle.
Tel était le scénario que j’aurai aimé écrire étant jeune.
Mais il se passa quelque chose d’encore plus étrange. En effet, un jour alors que je préparais un voyage en Turquie, je mis la main sur un roman d’un des auteurs les plus prolifiques de ce pays, question de tâter l’âme et le pouls littéraire d’un monde qui m’était totalement étranger. L’intrigue de ce roman ressemblait étrangement au livre que je rêvais d’écrire. Le roman que je rêvais d’écrire existait déjà !
Dès la lecture de la quatrième de couverture, j’ai su que le sujet du roman me plairait.
Pendant une semaine, jour et nuit dans Istanbul, un jeune avocat, Galip, part à la recherche de sa femme Ruya, qu’il aime depuis l’enfance, et qui lui a laissé une lettre mystérieuse : est-ce un jeu ? un adieu ? Dans le fol espoir de la retrouver, il fouille ses souvenirs et le passé militant de Ruya. Il lit et relit les écrits de Djélâl, le demi-frère de sa femme – un homme secret qu’il admire. Mais lui aussi semble avoir disparu. À la recherche des deux êtres qu’il aime, Galip est en même temps en quête de sa propre identité et, bientôt, de celle d’Istanbul, présentée ici sous un aspect singulier : toujours enneigée, boueuse et ambiguë, insaisissable.
Peu à peu, j’ai découvert Orhan Pamuk, son Livre noir. J’ai commencé ma lecture à Montréal puis l’ai terminée sur la route, entre Istanbul et Konya. Un livre que je dévorais tous les jours, page après page, avec cette grande avidité, assis sur des bancs d’autobus qui s’avancent sur les chemins d’Anatolie. Non seulement ce livre ressemblait à celui que je rêvais d’écrire mais, je dois l’avouer un peu gêné, je le trouvais, au fur et à mesure de ma lecture, encore plus surprenant que tout ce que j’aurais bien pu imaginer ou entreprendre d’écrire. Je rêvais également qu’un tel écrivain se profile aussi chez nous…
Mais, que faire lorsque le livre que l’on rêve d’écrire est déjà écrit ? On peut le réécrire. Mieux encore, on peut le recopier mot à mot. Le traduire. Moi, j’ai choisi de le commenter, d’en faire l’objet d’un essai, d’un mémoire de maîtrise. Je me suis inscrit à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal, profil recherche et théorie. J’ai choisi la professeure Rachel Bouvet parce qu’elle était la seule à exploiter à la fois les champs de recherche de l’orientalisme, la traduction, l’exotisme et la lecture. J’espérais qu’en écrivant un tel essai, je pourrais apporter un peu du mien à ce Livre noir. Ce n’était pas une aspiration à une carrière académique qui me poussait à poursuivre mes études supérieures, c’était tout simplement la passion et le plaisir de lecture que m’avait procuré l’œuvre de Pamuk. C’est ainsi qu’a commencé mon aventure littéraire.
Chaque jour, je m’enfonçais un peu plus profondément dans les pages du Livre noir que je tournais assidûment. Chaque page de mon exemplaire était barbouillée de notes, renvoyant parfois à d’autres pages du roman. Je me prenais au jeu de la lecture, à sa dimension ludique. Tout comme le protagoniste, je cherchais dans ce livre des indices, un sens plus profond ou même caché. Je cherchais aussi à en élargir ma compréhension, son monde de référence, ses scénarios intertextuels. Je cherchais. J’oubliais parfois ce que je cherchais, puis quelques mois plus tard je le retrouvais, ici et là, au hasard des pages.
Bien sûr, avant de me lancer dans cette longue recherche et dans le monde académique, j’avais lu tous les autres livres d’Orhan Pamuk que la traduction française chez Gallimard pouvait m’offrir. L’envie d’en lire davantage me prenait. Il m’est même arrivé un jour de racheter un deuxième exemplaire du Livre noir, croyant naïvement que j’y trouverais une nouvelle histoire ou une nouvelle signification. Puis j’en ai racheté un troisième, que j’ai donné à d’autres lecteurs curieux.
Il m’est arrivé aussi d’être tellement impatient de lire un nouveau roman de Pamuk, qui était attendu mais que la traduction française tardait à faire paraître, de me le procurer en traduction anglaise ; les traductions anglaises sortaient toujours quelques mois avant les traductions françaises. Dans la langue de Shakespeare, j’ai lu ainsi My name is Red, Snow, Istanbul et Other Colors. Et lorsque Gallimard finissait par le publier, je me le procurais et le lisais en français.
Lorsque j’étais à la maîtrise, j’ai eu la chance de rencontrer un étudiant turc Ismail Cem Unveren. Ce dernier a bien voulu m’aider à améliorer ma compréhension des référents culturels spécifiques de la Turquie et de la langue turque. Ensembles, nous nous sommes plongés dans le livre original : Kara Kitap.
Pamuk, mon cher Pamuk, combien d’heures de lecture ai-je passées sur ton Livre noir sans jamais en perdre patience ou espoir ? Combien de relectures ai-je effectuées ?!… Je ne les compte plus ! Si j’ai lu Le livre noir dans son intégralité, dans sa linéarité, je me suis aussi permis d’effectuer tantôt une lecture des chapitres pairs, c’est-à-dire des chroniques du personnage Celâl Salik, tantôt une lecture des chapitres impairs où se déploie l’action romanesque. Je me suis permis toutes les lectures possibles. J’y ai même fait des lectures sur-interprétatives au point d’y voir un texte fantôme, c’est-à-dire un texte de doublure, un scénario inférentiel erroné, qui n’est pas dans le texte, mais dont le lecteur est hanté par sa présence. Dans Le livre noir par exemple, la question du meurtre irrésolu et tous les scénarios intertextuels mis en abyme invitaient presque le lecteur a créé lui-même un texte fantôme. En effet, je pouvais presque voir cet assassin, lui mettre un visage. Lire les lettres sur son visage…
Ouf ! Je me réveillais parfois au chevet d’un autre roman, d’une hagiographie soufie ou encore d’une étude orientaliste de textes houroufistes. Et je continuais encore de lire.
J’essayais de garder à l’esprit cette Istanbul dont j’avais eu la chance de fouler le sol en février 2001. Je me remémorais ses ruelles dont parle Pamuk, ses taxis collectifs, ses foules qui attendent des bus qui ne passeront jamais, ses kiosques de journaux, ses ferries qui fument et leurs sirènes, ses pêcheurs du pont Galata. Lisant, je gardais à l’esprit ces quartiers istanbuliotes que Le livre noir évoque sans cesse.
Combien d’heures de lecture ai-je passées à échafauder des hypothèses de lecture, m’appuyant sur divers postulats théoriques sur la lecture, Iser et Eco en tête qui postulent la lecture comme fonction textuelle du roman ; postulat théorique que j’aurais pu enrichir si j’avais su que, dans son essai Other colors, Pamuk publierait le texte quelques années plus tard « The Implicited Author », inspiré de la notion de « lecteur implicite » de Wolfgang Iser. Quand j’ai compris qu’il pouvait exister un lecteur idéal, ou modèle, caché dans chaque livre, un lecteur qui, mieux que quiconque, pouvait comprendre dans toute sa totalité tous les référents possibles, bien au-delà encore, j’en suis devenu inquiet. Où donc pouvaient se cacher ces lecteurs idéaux et comment s’étaient-ils introduits dans mon appartement ? Chaque fois que j’ouvrais un livre, je commençais à sentir la présence d’un oeil de lecteur qui m’observe et qui comprend tout ce que, chaque jour, je m’efforce de comprendre. Et qui pouvait bien être le lecteur idéal du Livre noir ? J’ai songé quelque fois à installer un système de sécurité, mais ma directrice de mémoire, m’a persuadé du contraire, me rappelant qu’il ne s’agissait en fait que d’un postulat théorique…
Combien d’heures de lecture, dis-je, ai-je passées à lire Le livre noir comme s’il s’agissait d’un roman policier, mais dont les règles étaient implicitement écrites, ici et là, dans le texte.
Combien d’heures ai-je passées à consulter des cartes de la ville d’Istanbul afin de vérifier la cohérence romanesque des déplacements du personnage Galip. Combien d’heures ainsi ai-je passées à me promener du livre à la carte, de la carte au livre. Ce qui a considérablement ralenti ma lecture. J’étais devenu un lecteur fou, hypnotisé, somnambule ou passionné. Je ne crois pas que j’étais un malade mental, simplement un lecteur fidèle. La frontière n’est cependant jamais très éloignée l’un de l’autre.
Mais de ce plaisir de lecture, il y avait toujours l’image de ce personnage lecteur du Livre noir auquel je m’identifiais énormément : Galip, lisant et relisant les chroniques de Celâl Salik. Je lisais Pamuk un peu comme le fait Galip envers Cêlal Salik ; Galip, cet amoureux qui recherche sa bien-aimée disparue, qui déambule partout sur la rive européenne d’Istanbul à la recherche d’indices, de quelque chose, d’un je-ne-sais-quoi, et qui lit et relit sans cesse les chroniques en essayant d’y percer des sens secrets. Et c’est cette figure de lecture que j’ai développée tout au long de mon mémoire.
J’étais absorbé par ce livre et tous les autres livres que je lisais pour produire ce mémoire. C’est ainsi que j’ai découvert les textes de Fazallah Esterabadi, Mevlâna Rumi, Shams-i Tebrezi, Attar, Ibn Arabi. Certain soir, lorsque j’étais saturé de lecture ou d’écriture, j’aimais bien me promener en solitaire dans les rues et ruelles de Montréal. Mais je restais préoccupé par le sujet. Si bien que je m’imaginais déambuler en compagnie d’Orhan Pamuk. Je lui montrais alors tous ces visages, tous ces cours, tous ces labyrinthes, toute cette mémoire canadienne française. Pamuk pouvait-il s’en intéresser ? J’en doute.
Et dans un dialogue imaginaire entre cet écrivain turc et moi, nous élaborions d’autres intrigues, d’autres scénarios. Je devine que si j’avais eu vraiment la chance de parler avec ce prix Nobel de littérature, je n’aurais pas su quoi lui dire, quoi lui demander. Un peu comme ce vieil homme dans le sud de la France qui m’avait raconté un jour, qu’il avait rencontré Louis-Ferdinand Céline, son écrivain préféré. Lorsqu’il lui avait serré la main et qu’il avait tenté d’engager la conversation, il avait à peine réussi à souffler un : « C’est ça ! » J’imagine que j’en aurais fait autant vis-à-vis de Pamuk.
De la même façon : que pouvais-je bien demander à ce cinéaste turc qui était venu présenter son film au Festival des films du monde de Montréal (FFM) en 2003. Ce pauvre réalisateur, Ömer Kavur, qui est décédé quelques mois après son passage à Montréal, avait travaillé dix ans plus tôt avec Orhan Pamuk qui avait coscénarisé le film Gizli Yüz (le visage secret). Ce film qui a gagné les grands honneurs du FFM en 1991, s’inspirait d’une histoire du Livre noir. Oui, que pouvais-je demander à ce vieil homme ? « Auriez-vous, monsieur Kavur, l’amabilité de nous parler de votre travail avec monsieur Orhan Pamuk ? » Cet entretien, je l’avais totalement improvisé au bas de la tour du Complexe Desjardins. Je l’avais péniblement enregistré sur le vieux dictaphone de mon ami Andrew, qui a rendu l’âme quelque minute avant que je transcrive notre échange. Défaillance de la puce électronique !
Pamuk, mon cher, Pamuk ! ton Livre noir imprimait sur mon visage toutes sortes d’histoires.
Quand je t’ai lu pour la première fois, je n’avais que 22 ans. C’était à la fin du mois de novembre 2000. À cette époque, étaient traduits en français : La maison du silence, Le château blanc et La vie nouvelle. Ces livres, je les ai lus dans les mois suivants. Puis, quelques années plus tard, ont paru les traductions Neige et Istanbul, après le décès de Münevver Andaç la traductrice des quatre premières traductions françaises.
À cette époque, Pamuk, tu connaissais déjà un certain succès international. Consécration : prix de la Découverte Européenne (1991) et prix France Culture (1995). Au département d’études littéraires, personne ne te connaissait encore. Dans le répertoire Modern Language Association, on y dénombrait seulement 15 articles à ton sujet. Il existait un essai en turc et une thèse de doctorat, écrite en anglais par une Turque. Dans ton pays, tu étais connu comme un écrivain de la « civilisation du Bosphore », un écrivain urbain et contemporain de la jeune génération. Tu étais aussi un écrivain dissident qui refuse les prix d’état ; une sorte de figure de l’écrivain intellectuel engagé.
Vers la fin de l’année 2005 et au début de l’année 2006, un procès pour « trahison à l’identité turque » te propulsa sur la scène internationale, à la fois littéraire et d’actualité politique. C’était le procès de la liberté d’expression et des droits de l’homme en Turquie qui était sous-jacent au tien. Mais tu pouvais compter sur l’appui de toute la communauté internationale et littéraire. Tu n’avais rien à craindre ! Les grandes universités t’attendaient avec appétit. Et déjà Stockholm t’avait dans sa mire. Le procès n’a pas eu lieu. L’automne suivant, Pamuk, tu étais lauréat du prix Nobel de littérature.
Pamuk, puis-je maintenant te tutoyer après toutes ces années ?
Un an avant que Pamuk ne rafle les grands honneurs, le département d’Études littéraires de l’Université du Québec à Montréal me décernait le prix du meilleur mémoire en recherche, « L’illisibilité dans Le livre noir d’Orhan Pamuk ». Était-ce Pamuk ou moi qui gagnait ce prix ?
Le jour où Pamuk a gagné le prix Nobel, j’ai eu une pensé pour Güneli Gün, la traductrice turco-américaine de Black Book, qui, en 1992, avait écrit dans le World Literature Today [1] : « I had a hunch, as a watcher of the world literary scene, that here was a Turkish writer who was going to make it. The Nobel, for example: for years the names of Yashar Kemal and Nazim Hikmet have been submitted, only to be turned down, as the Nobel Committes, one supects, scratched its illustrious collective head and wondered whats Turks see in those two writers ; but here was Orhan Pamuk, a kid who was doing the right thing at the right time. I could already hear Black Book, in English. All it needed was the right translator. » C’était quinze ans avant les grands honneurs. Pamuk entre-temps a « divorcé » de cette traductrice ambitieuse, elle-même écrivain et qui aimait dédicacer les exemplaires du Black Book, comme si elle en avait été l’auteure. Ce qui me laisse croire que je n’ai pas été le seul à rêver d’écrire un tel livre !
Mon cher Pamuk ! Je voudrais te dire encore que, lorsque j’ai terminé Le livre noir pour la toute première fois, j’étais dans un vieil hôtel de la ville de Konya, la ville de Mevlâna. Et ce soir-là, je m’étais dit qu’avant de repartir au Canada, je devais absolument aller marcher dans le quartier Nişantaşi, à Istanbul. Je désirais parcourir les mêmes rues que parcourt Galip dans Le livre noir. Mais, par un concours de circonstance, notre compagnie aérienne avait annulé notre vol prévu et le devançait d’une journée, ce qui a avorté tous mes projets de déambulation dans Nişantaşi.
Les années suivantes, depuis Montréal, j’ai suivi de près l’actualité de Turquie. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour toi lors des tempêtes de neige qui se sont abattues sur Istanbul en janvier 2002, lors des élections qui ont porté au pouvoir le gouvernement Erdoğan ou lors des conflits opposant P.K.K. et l’armée turque. Je regardais aussi des films turcs dans lesquels on pouvait voir des plans « paysage » de la ville d’Istanbul. Toujours dans l’optique de garder l’image de cette mégapole animée.
Ce n’est qu’en juin 2008 que je suis retourné à Istanbul avec ma conjointe ; cette ville que j’avais tant parcourue mentalement, des livres aux cartes, des romans aux films. Dès notre arrivée, mes pas nous ont instinctivement conduit dans ton quartier d’enfance : Nişantaşi. Je l’ai trouvé sans difficulté. Puis, j’ai trouvé le boulevard Teşvikiye qui, selon mes souvenirs, était le boulevard où se trouvait l’appartement familial « Pamuk ». Et quelques pas plus loin, ma conjointe l’a trouvé, avant moi ! L’inscription était bien visible au-dessus de la porte. Mais la rue, elle-même, ressemblait à un complexe commercial. Ouf ! que penses-tu de tout cela. Puis, nous avons croisé le poste de police que tous craignent (dans Le livre noir), le lycée non loin et la mosquée Teşvikiye. Mais ce qui était encore plus étrange (quoique tout à fait normal à bien y penser), c’est de trouver en parallèle du boulevard Teşvikiye, la rue Abdi Ipekçi; rue qui porte le nom d’un journaliste du Milliyet qui fut assassiné un soir de février 1979 dans ce quartier et dans cette rue précisément. Crime politique, fanatique ? On a attribué le crime au très célèbre Mehmet Ali Ağca, celui-là même qui tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II quelques années plus tard. Or, lorsque j’étais aux études, Ismail Cem et moi étions convaincus que le meurtre du personnage chroniqueur Celâl Salik, dans Le livre noir, rendait en quelque sorte hommage littéraire à l’assassinat du journaliste Abdi Ipekçi quelque mois avant le coup d’état de 1980… Et curieusement, c’est derrière ta rue d’enfance que se trouve la rue Abdi Ipekçi !
Pamuk, mon cher Pamuk ! je voudrais simplement te remercier. Si j’ai consacré plusieurs années à étudier ton Livre noir, je sais qu’il t’en a fallu au moins dix pour l’écrire. Et jamais je ne me suis ennuyé. Mon cher Pamuk, merci !
[1] Güneli Gün, « The Turks are Coming : Deciphering Orhan Pamuk’s Black Book.», World Literature Today, vol.66, n°1 (« winter »), p.62.