Une nouvelle religion dans la paroisse !

C’était vers la fin de l’après-midi, un mercredi du mois de mars. Je rentrais chez moi paisiblement, observant les paysages métamorphiques du printemps.

J’étais au cœur de la paroisse Notre-Dame du Foyer. Entre les boulevards Viau et de l’Assomption, ce segment de la rue de Bellechasse est particulier, car malgré sa proximité urbaine avec des quartiers fort populeux de Montréal, on jurerait se promener au beau milieu d’un village calme et verdoyant. En tout cas, on trouve dans cette paroisse certaines caractéristiques fondamentales et patrimoniales qui constituent les villages québécois. En effet, au centre de celle-ci est érigée l’église Notre-Dame du Foyer (1944) aux côtés de laquelle gravitent l’école du même nom, feu la caisse populaire Desjardins du même nom (1945-2007), qui a été malheureusement « relocalisée », ainsi que le dépanneur Astor, qui fait figure de « magasin général » tout en gardant l’esprit urbain par le simple fait qu’il est tenu bien entendu par un « Chinois » fort sympathique.

Dans ce « havre de verdure » où vivent près de 3900 familles, on compte également la cité-jardin, le club de golf du village Olympique, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et, un peu plus au sud-ouest, le parc Maisonneuve ainsi que le Jardin botanique. Appelé parfois le « Nouveau Rosemont », ce quartier résidentiel est doux et propice aux rêveries de promeneur solitaire.

Or, c’était un mercredi de printemps dans notre paroisse. Et je rentrais chez moi, le cœur léger.

Fort amusé, je remarquai la présence de jeunes qui s’étaient attroupés devant le parvis de l’église, sur la grande allée de béton. Ils y avaient installé un filet de hockey. Quelques jeunes filles assises sur les marches admiraient les garçons qui tentaient de les impressionner avec leur bâton de hockey. À tour de rôle, ils frappaient de toute leur force la pauvre petite balle de tennis qui atteignait le fond du filet. Exécution et jeu d’habileté; comment ne pas remarquer dans cette exhibition du talent sportif et compétitif, le jeu de la séduction? J’en étais fort amusé, dis-je, car je n’ai pas l’occasion de voir aussi souvent des jeunes dehors dans mon quartier. « Où sont-ils ? »

Malgré les faits statistiques de leur présence démographique, les ruelles et les cours d’école (après les heures de classe) ne sont occupées que par des chats et des feuilles d’érable mortes. Il est plutôt rare de voir des manifestations de cette espèce à l’extérieur et en groupe.

Cet attroupement m’émerveillait. M’émeut.

En ce mercredi de mi-mars, comment ne pas remarquer, du même souffle, que l’équinoxe vernal est arrivé aux portes de notre paroisse ? Que la résurrection printanière, résultant de la fonte des neiges, fait monter la sève du désir, ce sirop laurentien ? Comment ne pas humer dans l’air bourgeonnant qu’à quelques jours d’ici, la fièvre des séries éliminatoires aura gagné une grande partie de la population de la métropole ? Devant le chandail des Canadiens de Montréal que porte le plus grand de ces jeunes attroupés, comment ne pas réprimer son désir d’aller chercher son propre bâton de hockey et de se joindre à eux, d’entrer dans le feu de l’action, la bousculade, la victoire collective !

La partie battait son plein.

Tout ce petit jeu se déroulait sous le regard de marbre de la Notre-Dame qui tient l’enfant Jésus depuis 1944 sur la façade de l’église. La scène était envoûtante. On ne voyait plus que ces jeunes. On oubliait qu’à une certaine époque entrer dans une église c’était, par transsubstantiation, entrer dans le corps du Christ, entrer en communion.

Ces jours-ci dans le paysage littéraire et populaire québécois, on parle du hockey comme nouvelle religion des Québécois. J’en étais sceptique. Mais devant le parvis de l’église Notre-Dame-du-Foyer, j’en suis devenu convaincu. En tout cas, je reconnais que l’église catholique au Québec fait preuve d’une grande tolérance vis-à-vis de ces nouvelles cohésions sociales –ces liens reliant– émergeantes. Cette nouvelle église du hockey s’installe maintenant aux portes des nos églises, sans aucun problème d’accomodements. 

J’ose imaginer la tête que ferait monsieur le curé s’il voyait ces adeptes du hockey jouant les Mario Lemieux au pas de sa sainte institution. Se permettrait-il de les chasser ? Certainement pas. Il rentrerait penaud dans son presbytère et essaierait de comprendre pourquoi Jésus laissait venir à lui ces enfants enjoués !

À SUIVRE…

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Gare de Saint-Lambert. Ceux qui gèlent

À  six kilomètres de la gare Centrale de Montréal, se trouve la modeste gare de Saint-Lambert. Là, c’est entre autres le premier (ou avant-dernier) point d’arrêt pour les trains de la compagnie VIA Rail. Là, passent le Amtrak, le AMT et le CN (trains de marchandises). Comme on peut lire sur Wikipedia (au sujet de la ville de «Saint-Lambert») : « Le pont Victoria étant le plus vieux pont reliant Montréal à la Rive-Sud, et donc seul lien ferroviaire entre la métropole québécoise et la ville de New-York, Saint-Lambert a été un lieu de passage de marchandises pendant très longtemps…» Et l’est toujours.
Modeste gare, dis-je. On ne voit plus le chef de gare sortir de son bureau pour tendre la perche des ordres à l’ingénieur, et la tour de contrôle n’a plus d’utilité. Cependant on y trouve encore une billetterie, un agent VIA Rail, des toilettes, des téléphones publics, une distributrice à boissons gazeuses et café et une salle d’attente où l’on ne peut pas faire les cent pas. Trop étroite ! Non, il n’y a pas de salle de pas perdus à Saint-Lambert. J’ai fait moi-même l’exercice comptable, mais malheureusement je ne vous dévoilerai pas le nombre modeste de pas que l’on peut perdre !
À la gare de Saint-Lambert, ceux qui s’engouffrent, ceux qui bougent, ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui attendent n’ont pas les mêmes possibilités que les «Ceux» de la luxueuse gare Centrale de la métropole. Ici, en hiver, on gèle pour un train comme en témoignent les quelques photos.
Selon la typologie VIA Rail, la gare de Saint-Lambert est une «gare avec personnel».  En effet, on y trouve une sympathique agente. Appelons-la Gisèle. Quand on entre dans la salle de gare, on salue Gisèle ainsi que nos compagnons voyageurs. On ne se fond pas dans l’anonymat psychosocial.
Modeste gare, dis-je. Cela explique en partie pourquoi un flâneur de gare ne peut photographier à sa guise ceux qui attendent. Là, dans cette salle, on est voyageur ou on ne l’est pas. Et lorsqu’on flâne, il vaut peut-être mieux s’annoncer à Gisèle. Ou du moins laisser paraître son «inoffensivité». Si vous y allez, Gisèle ne s’en offusquera pas. Elle est habituée de voir des Train Spotters. Un flâneur de gare, c’est un peu la même chose pour elle.
Lorsque j’y suis allé, un vendredi après-midi, Gisèle enfilait son manteau VIA Rail et mettait son casque de poil sur la tête. Elle s’apprêtait à sortir sur le quai. Cela signifiait que le train numéro 22 (Montréal-Québec) était sur le point d’arriver en gare. Elle me l’a confirmé aussitôt. Tout en poussant le porte-bagage sur le quai, elle m’informa que le 622 ne passe que le samedi !
Les feux de circulations indiquaient l’arrivée imminente du train. Puis la vingtaine de «Ceux qui attendent en dedans au chaud» est sorti sur le quai. Gisèle les a avisés que le train roulerait sur la deuxième voie ferrée (côté Est). Il fallait donc enjamber la première «track». Elle prit soin d’ajouter que le wagon de la première classe serait près de la locomotive et que les wagons 4 et 5 seraient à la queue du train.
Lorsqu’un train arrête en gare quelques minutes pour ensuite repartir, la concentration des voyageurs se focalise sur un seul objet-obstacle : trouver son wagon respectif, vérifier son billet, se dépêcher de monter à bord. Ce qui peut être plus ou moins épuisant selon les types de personnalité. On sait que le train n’arrête que quelques minutes : il ne faut pas manquer le bateau !
Énervement, empressement. Lorsque les voyageurs se concentrent à chercher un wagon, c’est le moment idéal (pour un flâneur de gare) de prendre ici et là quelques clichés à leur insu; la méfiance vis-à-vis du flâneur s’en trouve momentanément relâchée.
Énervement, empressement. Bien vite, je me prends moi-même au jeu du départ. Je laisse de côté mes flâneries et aide un voyageur énervé à trouver son wagon. J’interroge la jolie hôtesse blonde de VIA Rail (en première classe) qui me désigne le wagon recherché. J’aide ensuite le monsieur à le trouver.
Le quai n’étant pas déneigé, les voyageurs doivent marcher dans une neige épaisse. La première voie ferrée qu’il faut traverser est un obstacle pour une voyageuse en fauteuil roulant. Heureusement qu’un membre de la famille lui apporte un peu d’aide.
Lorsque tout le monde est monté à bord, Gisèle a placé un par un les bagages dans le wagon à cet effet.
« All aboard ! » Le train est parti pour Québec, arrêtant en chemin à Saint-Hyacinthe, Drummondville, Charny et Sainte-Foy.
Quelques minutes après, un long train de marchandise du CN passait sur la même voie.
—C’est impressionnant de voir tous ces voyageurs monter à bord du train !
—Surtout l’hiver, a ajouté Gisèle qui rentrait dans une gare vide.
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Sur les traces d’Orhan Pamuk


Un jour j’ai rêvé d’écrire un livre qui allait changer le cours de ma vie. Ce livre, je le méditais depuis quelques années. Ce livre, si je l’avais écrit, se serait inspiré d’un archétype de la littérature : la résurgence du mythe d’Orphée me plaisait bien ! Le scénario aurait été le suivant : un homme cherche dans l’enfer d’une ville contemporaine sa femme qui vient de le quitter. L’homme fouille partout dans les différents endroits de la ville où pourrait se trouver sa femme. Tous les bas-fonds de la ville y passent. Chaque lieu investigué devient une étape de plus pour l’homme, une nouvelle recherche : la quête d’un soi perdu, d’une mémoire oubliée, du sens perdu. Chaque étape, dis-je, est un rite d’initiation. Et la quête aurait abouti soit sur une noyade symbolique, styxienne, ou encore sur une vie nouvelle.

Tel était le scénario que j’aurai aimé écrire étant jeune.

Mais il se passa quelque chose d’encore plus étrange. En effet, un jour alors que je préparais un voyage en Turquie, je mis la main sur un roman d’un des auteurs les plus prolifiques de ce pays, question de tâter l’âme et le pouls littéraire d’un monde qui m’était totalement étranger. L’intrigue de ce roman ressemblait étrangement au livre que je rêvais d’écrire. Le roman que je rêvais d’écrire existait déjà !

Dès la lecture de la quatrième de couverture, j’ai su que le sujet du roman me plairait. 

Pendant une semaine, jour et nuit dans Istanbul, un jeune avocat, Galip, part à la recherche de sa femme Ruya, qu’il aime depuis l’enfance, et qui lui a laissé une lettre mystérieuse : est-ce un jeu  ? un adieu  ? Dans le fol espoir de la retrouver, il fouille ses souvenirs et le passé militant de Ruya. Il lit et relit les écrits de Djélâl, le demi-frère de sa femme – un homme secret qu’il admire. Mais lui aussi semble avoir disparu. À la recherche des deux êtres qu’il aime, Galip est en même temps en quête de sa propre identité et, bientôt, de celle d’Istanbul, présentée ici sous un aspect singulier : toujours enneigée, boueuse et ambiguë, insaisissable.

Peu à peu, j’ai découvert Orhan Pamuk, son Livre noir. J’ai commencé ma lecture à Montréal puis l’ai terminée sur la route, entre Istanbul et Konya. Un livre que je dévorais tous les jours, page après page, avec cette grande avidité, assis sur des bancs d’autobus qui s’avancent sur les chemins d’Anatolie. Non seulement ce livre ressemblait à celui que je rêvais d’écrire mais, je dois l’avouer un peu gêné, je le trouvais, au fur et à mesure de ma lecture, encore plus surprenant que tout ce que j’aurais bien pu imaginer ou entreprendre d’écrire. Je rêvais également qu’un tel écrivain se profile aussi chez nous…

Mais, que faire lorsque le livre que l’on rêve d’écrire est déjà écrit ? On peut le réécrire. Mieux encore, on peut le recopier mot à mot. Le traduire. Moi, j’ai choisi de le commenter, d’en faire l’objet d’un essai, d’un mémoire de maîtrise. Je me suis inscrit à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal, profil recherche et théorie. J’ai choisi la professeure Rachel Bouvet parce qu’elle était la seule à exploiter à la fois les champs de recherche de l’orientalisme, la traduction, l’exotisme et la lecture. J’espérais qu’en écrivant un tel essai, je pourrais apporter un peu du mien à ce Livre noir. Ce n’était pas une aspiration à une carrière académique qui me poussait à poursuivre mes études supérieures, c’était tout simplement la passion et le plaisir de lecture que m’avait procuré l’œuvre de Pamuk. C’est ainsi qu’a commencé mon aventure littéraire.

Chaque jour, je m’enfonçais un peu plus profondément dans les pages du Livre noir que je tournais assidûment. Chaque page de mon exemplaire était barbouillée de notes, renvoyant parfois à d’autres pages du roman. Je me prenais au jeu de la lecture, à sa dimension ludique. Tout comme le protagoniste, je cherchais dans ce livre des indices, un sens plus profond ou même caché. Je cherchais aussi à en élargir ma compréhension, son monde de référence, ses scénarios intertextuels. Je cherchais. J’oubliais parfois ce que je cherchais, puis quelques mois plus tard je le retrouvais, ici et là, au hasard des pages.

Bien sûr, avant de me lancer dans cette longue recherche et dans le monde académique, j’avais lu tous les autres livres d’Orhan Pamuk que la traduction française chez Gallimard pouvait m’offrir. L’envie d’en lire davantage me prenait. Il m’est même arrivé un jour de racheter un deuxième exemplaire du Livre noir, croyant naïvement que j’y trouverais une nouvelle histoire ou une nouvelle signification. Puis j’en ai racheté un troisième, que j’ai donné à d’autres lecteurs curieux.

Il m’est arrivé aussi d’être tellement impatient de lire un nouveau roman de Pamuk, qui était attendu mais que la traduction française tardait à faire paraître, de me le procurer en traduction anglaise ; les traductions anglaises sortaient toujours quelques mois avant les traductions françaises. Dans la langue de Shakespeare, j’ai lu ainsi My name is Red, Snow, Istanbul et Other Colors. Et lorsque Gallimard finissait par le publier, je me le procurais et le lisais en français.

Lorsque j’étais à la maîtrise, j’ai eu la chance de rencontrer un étudiant turc Ismail Cem Unveren. Ce dernier a bien voulu m’aider à améliorer ma compréhension des référents culturels spécifiques de la Turquie et de la langue turque. Ensembles, nous nous sommes plongés dans le livre original : Kara Kitap.

Pamuk, mon cher Pamuk, combien d’heures de lecture ai-je passées sur ton Livre noir sans jamais en perdre patience ou espoir ? Combien de relectures ai-je effectuées ?!… Je ne les compte plus ! Si j’ai lu Le livre noir dans son intégralité, dans sa linéarité, je me suis aussi permis d’effectuer tantôt une lecture des chapitres pairs, c’est-à-dire des chroniques du personnage Celâl Salik, tantôt une lecture des chapitres impairs où se déploie l’action romanesque. Je me suis permis toutes les lectures possibles. J’y ai même fait des lectures sur-interprétatives au point d’y voir un texte fantôme, c’est-à-dire un texte de doublure, un scénario inférentiel erroné, qui n’est pas dans le texte, mais dont le lecteur est hanté par sa présence. Dans Le livre noir par exemple, la question du meurtre irrésolu et tous les scénarios intertextuels mis en abyme invitaient presque le lecteur a créé lui-même un texte fantôme. En effet, je pouvais presque voir cet assassin, lui mettre un visage. Lire les lettres sur son visage…

Ouf ! Je me réveillais parfois au chevet d’un autre roman, d’une hagiographie soufie ou encore d’une étude orientaliste de textes houroufistes.  Et je continuais encore de lire.

J’essayais de garder à l’esprit cette Istanbul dont j’avais eu la chance de fouler le sol en février 2001. Je me remémorais ses ruelles dont parle Pamuk, ses taxis collectifs, ses foules qui attendent des bus qui ne passeront jamais, ses kiosques de journaux, ses ferries qui fument et leurs sirènes, ses pêcheurs du pont Galata. Lisant, je gardais à l’esprit ces quartiers istanbuliotes que Le livre noir évoque sans cesse.

Combien d’heures de lecture ai-je passées à échafauder des hypothèses de lecture, m’appuyant sur divers postulats théoriques sur la lecture, Iser et Eco en tête qui postulent la lecture comme fonction textuelle du roman ; postulat théorique que j’aurais pu enrichir si j’avais su que, dans son essai Other colors, Pamuk publierait le texte quelques années plus tard « The Implicited Author », inspiré de la notion de « lecteur implicite » de Wolfgang Iser. Quand j’ai compris qu’il pouvait exister un lecteur idéal, ou modèle, caché dans chaque livre, un lecteur qui, mieux que quiconque, pouvait comprendre dans toute sa totalité tous les référents possibles, bien au-delà encore, j’en suis devenu inquiet. Où donc pouvaient se cacher ces lecteurs idéaux et comment s’étaient-ils introduits dans mon appartement ? Chaque fois que j’ouvrais un livre, je commençais à sentir la présence d’un oeil de lecteur qui m’observe et qui comprend tout ce que, chaque jour, je m’efforce de comprendre. Et qui pouvait bien être le lecteur idéal du Livre noir ? J’ai songé quelque fois à installer un système de sécurité, mais ma directrice de mémoire, m’a persuadé du contraire, me rappelant qu’il ne s’agissait en fait que d’un postulat théorique…

Combien d’heures de lecture, dis-je, ai-je passées à lire Le livre noir comme s’il s’agissait d’un roman policier, mais dont les règles étaient implicitement écrites, ici et là, dans le texte.

Combien d’heures ai-je passées à consulter des cartes de la ville d’Istanbul afin de vérifier la cohérence romanesque des déplacements du personnage Galip. Combien d’heures ainsi ai-je passées à me promener du livre à la carte, de la carte au livre. Ce qui a considérablement ralenti ma lecture. J’étais devenu un lecteur fou, hypnotisé, somnambule ou passionné. Je ne crois pas que j’étais un malade mental, simplement un lecteur fidèle. La frontière n’est cependant jamais très éloignée l’un de l’autre.

Mais de ce plaisir de lecture, il y avait toujours l’image de ce personnage lecteur du Livre noir auquel je m’identifiais énormément : Galip, lisant et relisant les chroniques de Celâl Salik. Je lisais Pamuk un peu comme le fait Galip envers Cêlal Salik ; Galip, cet amoureux qui recherche sa bien-aimée disparue, qui déambule partout sur la rive européenne d’Istanbul à la recherche d’indices, de quelque chose, d’un je-ne-sais-quoi, et qui lit et relit sans cesse les chroniques en essayant d’y percer des sens secrets. Et c’est cette figure de lecture que j’ai développée tout au long de mon mémoire.

J’étais absorbé par ce livre et tous les autres livres que je lisais pour produire ce mémoire. C’est ainsi que j’ai découvert les textes de Fazallah Esterabadi, Mevlâna Rumi, Shams-i Tebrezi, Attar, Ibn Arabi. Certain soir, lorsque j’étais saturé de lecture ou d’écriture, j’aimais bien me promener en solitaire dans les rues et ruelles de Montréal. Mais je restais préoccupé par le sujet. Si bien que je m’imaginais déambuler en compagnie d’Orhan Pamuk. Je lui montrais alors tous ces visages, tous ces cours, tous ces labyrinthes, toute cette mémoire canadienne française. Pamuk pouvait-il s’en intéresser ? J’en doute.

Et dans un dialogue imaginaire entre cet écrivain turc et moi, nous élaborions d’autres intrigues, d’autres scénarios. Je devine que si j’avais eu vraiment la chance de parler avec ce prix Nobel de littérature, je n’aurais pas su quoi lui dire, quoi lui demander. Un peu comme ce vieil homme dans le sud de la France qui m’avait raconté un jour, qu’il avait rencontré Louis-Ferdinand Céline, son écrivain préféré. Lorsqu’il lui avait serré la main et qu’il avait tenté d’engager la conversation, il avait à peine réussi à souffler un : « C’est ça ! » J’imagine que j’en aurais fait autant vis-à-vis de Pamuk.

De la même façon : que pouvais-je bien demander à ce cinéaste turc qui était venu présenter son film au Festival des films du monde de Montréal (FFM) en 2003. Ce pauvre réalisateur, Ömer Kavur, qui est décédé quelques mois après son passage à Montréal, avait travaillé dix ans plus tôt avec Orhan Pamuk qui avait coscénarisé le film Gizli Yüz (le visage secret). Ce film qui a gagné les grands honneurs du FFM en 1991, s’inspirait d’une histoire du Livre noir. Oui, que pouvais-je demander à ce vieil homme ? « Auriez-vous, monsieur Kavur, l’amabilité de nous parler de votre travail avec monsieur Orhan Pamuk ? » Cet entretien, je l’avais totalement improvisé au bas de la tour du Complexe Desjardins. Je l’avais péniblement enregistré sur le vieux dictaphone de mon ami Andrew, qui a rendu l’âme quelque minute avant que je transcrive notre échange. Défaillance de la puce électronique !

Pamuk, mon cher, Pamuk ! ton Livre noir  imprimait sur mon visage toutes sortes d’histoires.

Quand je t’ai lu pour la première fois, je n’avais que 22 ans. C’était à la fin du mois de novembre 2000. À cette époque, étaient traduits en français : La maison du silence, Le château blanc et La vie nouvelle. Ces livres, je les ai lus dans les mois suivants. Puis, quelques années plus tard, ont paru les traductions Neige et Istanbul, après le décès de Münevver Andaç la traductrice des quatre premières traductions françaises.

À cette époque, Pamuk, tu connaissais déjà un certain succès international. Consécration : prix de la Découverte Européenne (1991) et prix France Culture (1995). Au département d’études littéraires, personne ne te connaissait encore. Dans le répertoire Modern Language Association, on y dénombrait seulement 15 articles à ton sujet. Il existait un essai en turc et une thèse de doctorat, écrite en anglais par une Turque. Dans ton pays, tu étais connu comme un écrivain de la « civilisation du Bosphore », un écrivain urbain et contemporain de la jeune génération. Tu étais aussi un écrivain dissident qui refuse les prix d’état ; une sorte de figure de l’écrivain intellectuel engagé.

Vers la fin de l’année 2005 et au début de l’année 2006, un procès pour « trahison à l’identité turque » te propulsa sur la scène internationale, à la fois littéraire et d’actualité politique. C’était le procès de la liberté d’expression et des droits de l’homme en Turquie qui était sous-jacent au tien. Mais tu pouvais compter sur l’appui de toute la communauté internationale et littéraire. Tu n’avais rien à craindre ! Les grandes universités t’attendaient avec appétit. Et déjà Stockholm t’avait dans sa mire. Le procès n’a pas eu lieu. L’automne suivant, Pamuk, tu étais lauréat du prix Nobel de littérature.

Pamuk, puis-je maintenant te tutoyer après toutes ces années ?

Un an avant que Pamuk ne rafle les grands honneurs, le département d’Études littéraires de l’Université du Québec à Montréal me décernait le prix du meilleur mémoire en recherche, « L’illisibilité dans Le livre noir d’Orhan Pamuk ». Était-ce Pamuk ou moi qui gagnait ce prix ?

Le jour où Pamuk a gagné le prix Nobel, j’ai eu une pensé pour Güneli Gün, la traductrice turco-américaine de Black Book, qui, en 1992, avait écrit dans le World Literature Today [1] : « I had a hunch, as a watcher of the world literary scene, that here was a Turkish writer who was going to make it. The Nobel, for example: for years the names of Yashar Kemal and Nazim Hikmet have been submitted, only to be turned down, as the Nobel Committes, one supects, scratched its illustrious collective head and wondered whats Turks see in those two writers ; but here was Orhan Pamuk, a kid who was doing the right thing at the right time. I could already hear Black Book, in English. All it needed was the right translator. » C’était quinze ans avant les grands honneurs. Pamuk entre-temps a « divorcé » de cette traductrice ambitieuse, elle-même écrivain et qui aimait dédicacer les exemplaires du Black Book, comme si elle en avait été l’auteure. Ce qui me laisse croire que je n’ai pas été le seul à rêver d’écrire un tel livre !

Mon cher Pamuk ! Je voudrais te dire encore que, lorsque j’ai terminé Le livre noir pour la toute première fois, j’étais dans un vieil hôtel de la ville de Konya, la ville de Mevlâna. Et ce soir-là, je m’étais dit qu’avant de repartir au Canada, je devais absolument aller marcher dans le quartier Nişantaşi, à Istanbul. Je désirais parcourir les mêmes rues que parcourt Galip dans Le livre noir. Mais, par un concours de circonstance, notre compagnie aérienne avait annulé notre vol prévu et le devançait d’une journée, ce qui a avorté tous mes projets de déambulation dans Nişantaşi.

Les années suivantes, depuis Montréal, j’ai suivi de près l’actualité de Turquie. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour toi lors des tempêtes de neige qui se sont abattues sur Istanbul en janvier 2002, lors des élections qui ont porté au pouvoir le gouvernement Erdoğan ou lors des conflits opposant P.K.K. et l’armée turque. Je regardais aussi des films turcs dans lesquels on pouvait voir des plans « paysage » de la ville d’Istanbul. Toujours dans l’optique de garder l’image de cette mégapole animée.

Ce n’est qu’en juin 2008 que je suis retourné à Istanbul avec ma conjointe ; cette ville que j’avais tant parcourue mentalement, des livres aux cartes, des romans aux films. Dès notre arrivée, mes pas nous ont instinctivement conduit dans ton quartier d’enfance : Nişantaşi. Je l’ai trouvé sans difficulté. Puis, j’ai trouvé le boulevard Teşvikiye qui, selon mes souvenirs, était le boulevard où se trouvait l’appartement familial « Pamuk ». Et quelques pas plus loin, ma conjointe l’a trouvé, avant moi ! L’inscription était bien visible au-dessus de la porte. Mais la rue, elle-même, ressemblait à un complexe commercial. Ouf ! que penses-tu de tout cela. Puis, nous avons croisé le poste de police que tous craignent (dans Le livre noir), le lycée non loin et la mosquée Teşvikiye. Mais ce qui était encore plus étrange (quoique tout à fait normal à bien y penser), c’est de trouver en parallèle du boulevard Teşvikiye, la rue Abdi Ipekçi; rue qui porte le nom d’un journaliste du Milliyet qui fut assassiné un soir de février 1979 dans ce quartier et dans cette rue précisément. Crime politique, fanatique ? On a attribué le crime au très célèbre Mehmet Ali Ağca, celui-là même qui tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II quelques années plus tard. Or, lorsque j’étais aux études, Ismail Cem et moi étions convaincus que le meurtre du personnage chroniqueur Celâl Salik, dans Le livre noir, rendait en quelque sorte hommage littéraire à l’assassinat du journaliste Abdi Ipekçi quelque mois avant le coup d’état de 1980… Et curieusement, c’est derrière ta rue d’enfance que se trouve la rue Abdi Ipekçi !

Pamuk, mon cher Pamuk ! je voudrais simplement te remercier. Si j’ai consacré plusieurs années à étudier ton Livre noir, je sais qu’il t’en a fallu au moins dix pour l’écrire. Et jamais je ne me suis ennuyé. Mon cher Pamuk, merci !


[1] Güneli Gün, « The Turks are Coming : Deciphering Orhan Pamuk’s Black Book.», World Literature Today, vol.66, n°1 (« winter »), p.62.

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Station centrale et autres attentes

 

Cela commence un 12 janvier 2008 à 16 h 00, à la sortie de l’Université de Sherbrooke à Longueuil. J’ai rendez-vous à 19 h 00 à la station Berri-UQÀM, mais je n’ai aucune envie de retourner chez moi, dans l’est de la ville. Alors j’attendrai quelques heures dans le Quartier latin.

Dans cette attente, je ne suis pas seul. Je suis en compagnie de Dostoïevski, bien assis dans un fauteuil de la Bibliothèque nationale du Québec. Mon répit sera cependant de courte durée car, dès 17 h 00, on me prie de bien vouloir quitter les lieux. Fermeture oblige.

Me revoilà vers, sur et dans la rue. En face de moi, la Station centrale sur l’îlot du Voyageur. J’ai une pensée alors pour André Carpentier. Tout simplement parce que la veille, André et moi avons suivi une formation Photoshop au laboratoire NT2, tout près d’ici; parce qu’il m’a aussi dit qu’étant jeune, il a dévoré Les possédés que je suis moi-même en train de dévorer; parce qu’il songe aussi organiser une série d’ateliers de création intitulée Au retour des flâneurs, dont le premier aura pour thème «les gares»; et parce qu’il songe davantage à la Station centrale plutôt qu’à la gare Bonaventure ou Windsor lorsqu’il évoque le thème de la gare. Donc, dis-je, devant la Station centrale, tout près du laboratoire NT2 et en compagnie de Dostoïevski, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour André Carpentier. Ce qui est tout à fait prévisible. Je suis si prévisible et si peu original. Selon les socio-psychologues béhavioristes, les motivations et comportements humains seraient déterminés à 88 %. Heureusement pour l’espèce humaine, il nous reste qu’un maigre 12 % pour surprendre et épater la galerie.

Ainsi, très prévisible, je traverse la rue en direction de la Station centrale sans prendre mes précautions. Les portes de la gare s’ouvrent automatiquement. Ce qui est pratique pour les voyageurs encombrés de valises. Parlant d’eux, j’en vois qui poussent des Trollers et qui portent un back-pack. Ils font la queue à la billetterie. Machinalement, mes pas me conduisent vers eux; mouvement tout naturel qui me pousse à faire la queue moi aussi pour partir loin, très loin, comme un bohémien. Mais, grâce à ce que Freud appelle le Surmoi, je me ressaisis et me contenterai aujourd’hui de regarder ces voyageurs qui quittent la grisaille montréalaise avec grand envie, me rappelant que je ne peux en faire autant car j’ai un rendez-vous à 19 h 00 et que je ne me suis pas non plus encore acquitté des tâches ménagères cette semaine à la maison –rendant impossible le départ précipité. Puis je ne peux me permette de dépenser de l’argent sans raison valable un billet de bus, même si j’en ai envie… même si… même si… et même si encore… et cetera.

Aujourd’hui, je réprimerai mon envie d’exotisme en contemplant plutôt ces visages voyageurs, ces mains qui tiennent des billets. Je resterai planqué devant les cabines téléphoniques qui sont si importantes dans les gares. En effet, j’imagine tous les Jack Kérouac de la terre qui, saouls, ont dû un jour ou l’autre décrocher le combiné téléphonique dans une gare quelconque, signaler le numéro de leur bien-aimée afin de laisser sur la boîte vocale le message suivant : « Salut chérie ! Pour souper, j’ai préparé du lard, des patates et des petits pois. J’ai appelé les Anderson et j’ai annulé leur rendez-vous de demain soir. Pas de chance : j’ai oublié de mettre les ordures au chemin et de nourrir le chien. Je suis présentement à la gare centrale et je sauterai dans le prochain train ou dans le prochain airbus à destination de la pointe d’interrogation. J’espère revenir bientôt. Mais je ne te promets rien. Je rentrerai, disons, seulement lorsque j’aurai atteint la pointe d’exclamation. Je t’aime ! »

Fabulation. C’est bien parce que je suis à la Station centrale que je me permets ces rêveries de départ from nowhere to somewhere. Outre quelques amitiés qui se sont prêté à ce jeu, la plupart des voyageurs que j’ai connus avaient leur billet de retour dans leur valise. Ce qui semble aussi le cas de ces voyageurs aujourd’hui. Mais je n’en suis pas aussi certain. Arrivées et départs: deux mouvements fondamentaux dans les gares, les stations de bus, les ports et les aéroports. À cela s’ajoutent aussi le voyage et le retour. Ce sont des dynamiques fort différentes.

Dans les aéroports, j’ai vu des voyageurs attristés à l’idée d’être séparés de longues semaines de leurs proches. Avant leur départ, ils serrent leurs proches dans leurs bras et leurs promettent de ne pas les oublier, ils promettent surtout de revenir. Moi, ce qui me fait pleurer, c’est le retour, que je trouve encore plus douloureux.

Aujourd’hui, je ne vois pas de visages endoloris. Je suis assis depuis plusieurs minutes près des cabines téléphoniques Bell. J’appelle mon ami Mathieu pour lui dire ceci –comme d’habitude, ce n’est rien d’important, seulement anecdotique– : « en typographie, l’espace fine est une valeur à l’instar du silence sur la partition musicale. »

Je sors en fin de la gare et je continue ma route. Non, je ne partirai pas aujourd’hui. Je dois donc des remerciements à Freud qui a inventé le Surmoi, qui, à l’instar du muscle sphinctérien, réprime nos envies.

*

Après la Station centrale, le bar.

Depuis le 31 mai 2006, on ne fume plus dans les bars québécois. Aujourd’hui, je découvre avec horreur, le véritable parfum des bars que la fumée du tabac autrefois masquait. Rien ne peut plus masquer le remugle ambiant. Comme une vérité brutale, on y respire maintenant les doux parfums de sucs gastriques, issus de peines d’amour, qui émanent du plancher; on ressent également l’humidité relative, comme une mousse fraîche de lychen sur un mur de plâtre verdâtre. Les échoueries humaines, autrefois, se perdaient tous dans la fumée d’un monde meilleure.

Rue Saint-Denis. Le vendeur de L’itinéraire crie à tue-tête qu’il a un journal à vendre. Il cible un petit groupe réuni à la sortie d’un bar, qui fume et qui fait mine de l’ignorer tout en gesticulant. Quelle n’est pas la réaction du vendeur ambulant lorsqu’il prend conscience qu’il crie depuis plusieurs minutes à un groupe de sourds-muets.

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Québec love: 400 ans de mémoire seulement

 

Québec, ma chère, ma vieille, comment vas-tu ?

J’envie parfois les exilés, les expatriés, tous les Canadiens errants de ce monde, ceux qui vivent avec la mémoire de leur pays en d’autres cieux, ceux qui vivent un ailleurs en gardant une image intacte du paradis.

En 2008, ma nation québécoise fête ses quatre-cents ans d’histoire. Et pour remémorer ces années, plusieurs festivités municipales ont été organisées par la société du 400e anniversaire de Québec, sponsorisée par un partenariat de divers paliers gouvernementaux : Canada, Québec, ville de Québec et divers entreprises multinationales d’ici et d’ailleurs aussi. Qu’importe d’où provient l’argent ! L’important, c’est la fête ! Des invités de marques aussi illustres que populaires, des délégations, la présence de la France, de la Francophonie, et de l’internationalité. C’est l’occasion de parrainer des grands événements à grand rayonnement pour fêter quatre-cent ans de francophonie en Amérique : du hockey, le cirque du Soleil, Céline Dion et Sir Paul McCartney. Tout le monde est chic, outre le pavage de ces rues fissurées de la capitale nationale –en tout cas, comme il était au mois d’avril 2008 après un long et langoureux hiver–, ainsi que ces maisons ouvrières et bicentenaires de la basse ville, héritage britannique industrielle en décrépitude. Tout le monde est invité. Personne n’est oublié, pas même l’amérindien qui fête, lui-aussi, ses quatre-cent ans d’histoire écrite ! Le Canada est fier de son patrimoine et de son image. C’est d’ailleurs sous le thème de la rencontre que s’organisent les festivités, comme on peut lire sur le site du quatre-centième :

Depuis des millénaires, Québec constitue un lieu naturel de rencontres, grandes et petites, historiques et actuelles. Rencontre de l’Europe et de l’Amérique, des Premières Nations et des arrivants, de la France et de l’Angleterre. Rencontre d’un fleuve et de deux chaînes de montagnes, de l’eau douce et de l’eau salée, de la haute-ville et de la basse-ville, des vieux murs et des tours de verre. Rencontre des amoureux sous le charme de la cité, des résidants accueillants et de visiteurs venus du monde entier.

 

Le thème de la rencontre est probablement plus festif et souhaitable que celui de la mémoire. Quelques citoyens dont la mémoire fonctionne, semble-t-il, se sont permis de souligner la récupération politique fédéraliste de ces festivités. C’est le cas de la politisation du concert de Sir Paul McCartney, perçu comme une insulte à l’intelligence francophone d’Amérique. Pourtant, d’autres événements aussi symboliques que symptomatiques se sont dessinés en filigrane de ces festivités en cette même semaine.

 

Le 15 juillet 2008, le directeur général des élections du Québec autorisait la destruction des bulletins de vote du référendum 1995. Lors d’une capsule de 15 secondes sur la chaine RDI, on pouvait voir un manutentionnaire bourrant la shredder machine du destin déchu du peuple québecois; bulletins qui seront recyclés comme un rêve échoué. Nostalgie de cette époque ! Et pour mieux m’y replonger visuellement, j’ai consulté l’encyclopédique Youtube espérant y visionner quelques clips souvenirs de cette époque où j’avais probablement quelques kilos en moins et les cheveux plus longs. J’ai pu voir entre autres le politologue Stéphane Dion affirmer que c’est antidémocratique de le priver de son droit d’être canadien; des Anglos contents de la tournures des événements; des Canadians chantant «Gens du pays» (!) de Gilles Vigneault; Jean Charest sur un podium du Square Victoria s’adressant en français à une foule de Canadians venus témoigner en toute démocratie de l’amour et de la sympathie pour le Québec; des indécis choqués du love-in devenir soudainement souverainistes; des hurluberlus affirmant que les résultats des élections ont été truqués; des chiffres au sujet d’immigrants à qui on accélérait le droit de vote et qui disparaissait quelques mois plus tard; des partisans de Québec Alliance qui contestait les procédures du dépouillement des bulletins de vote; des chanteurs populaires pleurant les résultats référendaires dans le suicide et l’oubli et le discours de Parizeau, dont on a retenu que le thème du vote ethnique. La clarté référendaire qui n’est ni clair que Oui ni clair que Non. Puis, d’un clip à l’autre, je suis arrivé aux manifestations altermondialistes à Québec en 2001. Autant d’événements qui ont donné de l’importance à la capitale nationale et qui ont permis aux Québécois de s’épanouir en tant qu’ethnie, nation, au sein d’un Canada uni !

 

Le 15 juillet 2008, au moment où l’on commençait à détruire les bulletins de vote du référendum 1995; au moment où certains représentants nationalistes de la langue française critiquaient la venue de Paul McCartney à Québec; au moment où la fille de Félix Leclerc, après deux demandes formelles, déplorait que la société du 400e n’ait pas accordé de place dans sa programmation pour commémorer l’œuvre et le vingtième anniversaire du décès de son illustre père –un homme du pays; je me suis dit que, quelque part dans le cosmos, quatre-cents ans d’ivresse et d’oubli, de mémoire folle, de gel et dégel se mélangent à tous les fluides. À toutes les rencontre. Comme une dilution. 

 

***

 

J’oublie. Et j’en parle. 

 

***

 

À quelques mètres de l’endroit où s’était déroulé le love in en octobre 1995, là où les Canadians affirmaient aimer le Québec. À quelques mètres de ce témoignage affectif, des graffitis indiquaient Canada is USA whether you like it or not, et des hiéroglyphes teintés d’amour sur des toits d’immeubles affirment depuis quelques décennies déjà : HYH. Que signifient ces acronymes ? Dans mes souvenirs, c’était Hate you Hippies. Mais, il est possible que j’aie tout faux, ma mémoire change souvent d’attitude et d’identité. Des fois on m’aime, des fois non. C’est mélangeant.

 

Je suis comme ce bulletin de vote marqué OUI, marqué NON qu’on shredderise comme pour souligner canadiennement les 400 ans de la victoire britanique et anglos sur le destin de l’amérique et du vingtième siècle.

 

***

 

Est-il possible que ma mémoire se vide comme un fleuve d’eau douce dans un océan. Ma mémoire, je l’exerce avec de simple exercice : je tente de me souvenir de détails aussi stupides qu’inutiles. Pourquoi, par exemple, j’ai le souvenir que le Grand Antonio ait voulu embrassé mère Teresa qui le rejetait du bras ? L’a-t-il vraiment embrassé ? Pourquoi j’ai le souvenir de cet homme d’affaire québécois qui a été un des rares survivant à l’écrasement d’un boeing sur la piste d’atterissage d’un aéroport en Asie, et qui, après avoir pris conscience de l’impact, a tout de suite décider d’en informer son collègue, resté au Québec, plutôt que sa femme et ses enfants ? Pourquoi Fidel Castro et Bill Clinton se sont assis au même banc lors des obsèques de Pierre-Elliot Trudeau ? Qu’ont-ils dit ? Pourquoi ma mémoire invente des tragédies ferroviaires sur des ponts de glace entre Longueuil et Maisonneuve, s’abymant dans les eaux glacés d’une mémoire flottante…

 

Des détails insolites dont je m’efforce à découvrir s’ils ont vraiment été ou s’ils ont été inventés de toutes pièces par un malin génie. Chaque fois, je demeure convaincu de leur véracité. Je me lance à la recherche de traces de ces souvenirs. Et pendant que m’engouffre dans des recherches vaines sur de fades archives virtuelles et encyclopédiques, j’en viens à douter de la pertinence de toutes ces recherches.

 

Ma mémoire est endolorie et je n’ai que trente ans.

 

Et j’en viens enfin à penser que cette mémoire fondante qui perd le nord et le fil ne peut être cultivée qu’à l’étranger, là où il est effectivement normal de se sentir étranger et de la mettre à l’épreuve. Et c’est là que la mémoire, il me semble, répondra le mieux de ces plus belles fictions.

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Delta de la fin du monde

 
Aux confins du monde.
Europa cul-de-sac. Mare Negrea.
Je suis à la limite des Europes, au niveau de la mer. Même longueur d’onde qu’elle. Ukraine, je devine. Je tourne la tête à la jetée des Europes. Là où se jette le fleuve dans la mer. Confluence et concert. Bulgarie. Fleuve frontière. Château de carte, grain de sable dans les yeux. Irrémédiable fatigue, noyée.
C’est l’éveil du delta. Voilà la poétique vivante, au débit coulant. Je ne pense qu’en image. Syntaxe de rebuts. Dans cette contrée de fin du monde, je rêve d’écoumènes érodés, je rêve de Lofoten vierge, de paysage proto-humain, autotélique. L’eau douce coule de mes yeux ensoleillés d’aveugle.
Je mange une soupe au poisson. Puis du poisson. Hier, j’ai mangé du poisson et ce soir, on annonce que du poisson tombera du ciel. Du silure. Je mange le fleuve comme un boulimique. Le soir, j’épuise les réserves vinicoles de la Dobrogea. Et d’étranges poèmes pleuvent sur nos barques.
Ce sont des Roseaux.
Des mélodies de flûte de ney.
Tristesse ovidienne,
Voici poindre la noirceur de la mer.
Joie, joie, joie.
Odeur de fleuve, de sable, de campagne et de fleurs,
Odeur océane, parfum sablé de mer,
Dunarii, Danube.
Nous sommes amphibies, lipovans.
Roseaux couvant les rêves d’ambition, de fleuve et de mer…
Au pays du resort couché, le parasol désertique, renversée la bière,
À la plage blanche, au désert.
Je suis bé, Comme la bouche ouverte d’une carpe sur le sable couchée.
Ovide ! mon ami muet.
Les Tristes n’affectent plus la sensibilité immuable des paysages migrateurs.
Des pélicans échoués, des avaries aviaires ou toute tragédie apaisante.
C’est encore l’écueil de la soie, la route des pandémies, des caravanes mercantiles insoupçonnées.
Tous les Marco Polo inventifs, ne sont-ils pas morts assoiffés ?
Inassouvie, l’UNESCO veut mettre un condom sur chaque bras de mer ! C’est que les testicules gangrénés de l’Europe épandent une eau douce et affluente, comme le pus que cache l’onguent.
À la jetée des Europes, c’est de cette eau infectieuse que j’ai soif !
Le monde au bout du monde, encore veinard de limites marécageuses.
Barques, submergées, pêcheurs de pélicans aux mains huileuses, poisseuses et poissonneuses, et qui fument, dissimules la tempête au large.
J’aimerais être comme ce débris : une impudeur géopoétique de la fin du monde.
 
Aujourd’hui, il tombe quelques gouttes. Le chat est trempe. Continuent les marteaux de battre une chamade arythmique. Les travailleurs cognent en sueurs de front sur ma tête endolorie. Ils construisent des resorts pour que puisse s’applaudir la fin du monde.
Le mari de madame, ce pêcheur bredouille, fait le singe devant la télévision. Il s’est encore soulé hier soir. La houle, le mouton, les vertiges. Et le sable qui souffle comme un château de carte.
C’est encore la peur, et non la tristesse, mon cher Ovide qui tenaille l’homme qui boit, qui sent la guerre en lui comme un soi plus terrible encore.
En attendant de sortir la machette, l’eau, je boirais bien un peu de ce vin des confins. Cette pêche d’absolu en entrée bredouille. Je suis ivre d’une fluviale fin du monde. Débordement bredouille. Séisme. Faille, danse tectonique. Géologue de fond de bouteille. Tremblement de terre. Ma bière repose ici, en paix devant la tragédie, quelque part ici ou là encore dans ma mémoire, près d’un fleuve, ici m’ensable une liqueur fine d’aurores boréales.
Ici, je suis un touriste aux lèvres polluées. Je cours les fins du monde sur des plages sans nom.
Les hirondelles nous savent nonchalants. Nous saluent des ailes. Nous savent non loin de la paille qui recouvre nos rêves par soir de tempête. Nous savent encore rêve d’aéronef embrasant les plus hautes tours. L’azimut, le mazoute, l’azur et le mercure. Je devine que l’infini n’est plus tellement loin.
C’est impuissant, cette attente, cette éjaculation avortée de la fin.
À la façon paysanne, j’ai de la boue sur mes rêves et mes mensonges sont enduits de chaussures. J’effectue des métaphores salissantes, des voyages gluants. Mon unique culotte qui porte un large trou est aussi souillée.
Le paysan qui nous prête refuge et qui, tous les soirs, nous jette quelques bout d’arrêtes de ses dernières pêcheries, ménage ses berges.
Sa femme, elle était exténuée, quoique encore belle.
 
À la jetée des Europes. Je parle à une ligne, une limite, une ceinture imaginaire. Bleu foncée, noire. Je parle à ma bière qu’on ensablera. Ce sein inhospitalier qui assèche toute soif. Je mange ce soir chez les pontiques. J’entends que je suis aux abords de l’Euxin, de la Kara Deniz. J’entends et je ne suis pas pressé.
J’écoute aussi les vaches paissent tranquillement la broussaille marine. De vagues rumeurs de mer. C’est ici qu’Ovide a vu le fleuve durcir, la mer geler, celle-là même que Kafka voudrait, par littérature, fracasser. Ici là même où la tristesse est un vin inoubliable, une chemise froissée, une nuit au feteasca, un souffle doux de murtaflar. Ici où les Alpes, montagnes et affluents des Europes urinent impunément dans cette large cuvette. Un repas que je mange froid, tous les sors, comme une vengeance. Cette mémoire oubliée, perdue, antérieur à la sagesse mésopotamienne. C’est le delta poétique du Danube. C’est cela que j’écris depuis que je marche. Je traverse un désert noir, ce lac, oublié au fond d’un jardin millénaire. Un puits où l’on enterre sa bien-aimée.
À la jetée des Europes, tous les chiens, les réfugiés du monde, lipovans ou pélicans, cherchent dans le filet pêcheur le chaînon manquant.
Noir refuge de fluides : brun, bleu. Combien de sous-marins russes, de frégates bulgares, de galions romains de tanker anglais dorment en fracas ?
Partout mes pieds de Canadien errant ont cherché entre Constanţa et Constantinople un sable fin. Un sableux. Une sablette. Le craquement de coquillages, d’os de mer.
Moment de détente devant le bleu alchimique. Je cherche d’autres fleuves. Visage d’oubli.
Finitude exit.
J’ai jeté une bouteille vide à la mer ce soir. La méduse avait soif, alors j’en ai jetée une autre.
Et ainsi de suite.
Ce passage oblige l’échouerie.
Nulle ivresse porte mieux le sauf-conduit que l’œil injecté du lanceur,
Les carrefours du vendredi midi seront, demain, engorgés de capitaines qui rêvent de retourner au delta.
J’attends une barque qui ne passera jamais. Un canot volant en petit élan de kayak et toboggan.
Voilà le delta du Danube. Sa poétique fluviale. Voilà aussi ses ponts effondrés, son rein européen qui cuve les déjections d’union fédératrice, la cuvette où vomit et pisse l’Europe grippée, le caniveau bleu de Strauss.
L’Europe et ses régions ! Une poétique fluviale devant vous les gars ! S’assèche, devant vous, le filon conducteur de vos rêves géopoétiques, échoués dans la mémoire d’un lac oublié, d’une mer Noire.
Danube pourtant. Un bras de mer tendu, puis un autre encore quémandant des oiseaux pour vivre. Des milliers de ruelles qui jamais n’ont connu l’asphalte, le miracle inépuisable de l’eau.
Bras de mer, doigt d’honneur à l’horizon, aux barbares qui n’ont d’autre signature qu’un cri perdu dans la mémoire débordante, délugeante. C’est une promesse d’eau douce que je t’adresse chaque soir, mon cher Noé, au chevet d’une lampe mourante, d’une plage vide à la jetée des Europes. Promesse de déborder de joie. Rires audibles, incontenables. Et je ferai en sorte qu’il ne restera plus de place pour l’Homme dans ton rafiot. Que gèle et que brûle ma peau hypothermique. Hypertrophié, de vue.
Ce matin. Inondation de soleil.
Je me réveille saoul. Terne, un peu vague. Je suis un débris de plage. Sable dans la bouche. Au milieu des vaches qui me piétinent. Écrasez par la basse-cour à marée haute. Médusez-vous de moi !
Dans l’eau, mes pas découpent la mer, finitude exit, en coups d’épée.
L’inutile beauté de la roche, l’inphotographiable existence.
Me voilà fini, à la jetée des Europes. Rôdant les confins de la fin du monde. Le monde du bout du monde.
C’était une échouerie.
Cette plage abandonnée au rêve d’automne, aux gélivures. Un suaire migratoire pour camper nos corps sur ce cendrier fin et sablonneux. Mégots, bouteilles vides comme mon œil, corps bronzant à point, poème pour la mer.
Offrande.
J’attends la fin du monde, ici, dans ce resort désert.
Les albatros se moquent bien de marcher. Eux seuls pourront la raconter, la fin du monde.
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L’ascension du mont Saint-Hilaire

De tout temps, la montagne de Belœil a été le paradis des naturalistes de la région montréalaise, des botanistes surtout, aux époques où il y en eut. En petit nombre, amoureux, fidèles, ils viennent chaque année rendre visite aux hôtes silencieux de la montagne. Ils connaissent tous les recoins, suivent les torrents, escaladent les pentes ou dévalent dans les ravins. La sueur les inonde, les moustiques les dévorent, leurs pieds s’écorchent dans la chaussure brûlante ; mais ils ne sentent rien, occupés qu’ils sont à saluer leur silencieux amis, partout, au creux des source , sur la mousse des rochers, aux branches des arbustes, sur le sable du lac. (…) Le soir venu, on les voit, les naturalistes, se promener  devant la gare, en marge des autres touristes, poussiéreux, piqués, fourbus, mais heureux des riches trouvailles qu’ils serrent précieusement sous le bras et des charmants tableaux qu’ils emportent au fond des yeux.

Frère Marie Victorin, Croquis Laurentiens.

Au début de l’année 2007, il nous est venu à l’idée, Andrew et moi, de gravir des montagnes à proximité de Montréal. L’impératif était avant tout sportif : la mise en forme physique de nos corps trentenaires. Ainsi, chaque dimanche de cet hiver-là, nous avons religieusement gravi des montagnes, plutôt dire des « collines »[i].
À la fin de l’hiver, nous avons trouvé en quelque sorte notre second souffle. Vis-à-vis de l’endurance physique qu’il faut déployer pour gravir une montagne, notre rythme cardiaque s’est régularisé. Nous nous sommes fait une santé en avalant de grands bols d’air frais –ce qui éveille l’esprit !
Mais au-delà de l’exercice physique qui découle de l’ascension dominicale, nous avons découvert quelque chose d’encore plus fondamentale : nous habitons depuis plusieurs années les collines de Montréal. Autrement dit, nous habitons les montagnes royales, les Mont-royaliennes, Montréaliennes, surtout connues sous ce vocable : « les montérégiennes. » Il s’agit des monts suivants : Royal, St-Bruno, St-Hilaire, St-Grégoire, Rougemont, Yamaska, Shefford, Brome et Mégantic.
Le mont Saint-Hilaire, une montérégienne
Parmi l’ensemble des Montérégiennes, c’est le mont Saint-Hilaire que nous préférons, Andrew et moi ; montagne relativement jeune, 125 millions d’années, sur laquelle nous remarquons des blocs erratiques, épars –prouvant la présence glaciaire de jadis.
Cette colline a porté plusieurs noms[ii] : Wigwomadensis, en langue abénakis, parce que la montagne ressemble à un wigwam ; Montfort, ainsi que l’avait baptisé Champlain ; montagne de Chambly, en raison de la proximité du fort du même nom au XVIIème siècle ; mont Rouville, nommé ainsi par son propriétaire, Jean-Baptiste Hertel, fils du Sieur de Chambly ; en 1844, la montagne, acheté par un certain Campbell, devient mont de Belœil ; puis, une forte rivalité toponymique oppose le mont Saint-Hilaire au mont Belœil, jusque dans les années 1970, quelques décennies après que l’Université McGill ait racheté la colline de 411 mètres d’altitude. Mentionnons aussi que les habitants de la région, au XIXème siècle, appelaient familièrement la colline Mamelmont, en raison des attributs physiques du relief.
Cette colline formée de roches ignées intrusives alcalines est abrupte. On l’a dirait sculptée et tailladée. Érodée par une mer de glace. De quoi faire fondre de honte la toponymie artistique prétentieuse qui l’encercle : Ozias Leduc, Paul-Émile Borduas…
Lors de la formation des collines montérégiennes, comme nous pouvons lire sur Wikipedia, le magma qui s’est infiltré dans la roche sédimentaire de la croûte terrestre s’est refroidi à l’intérieur de la roche sans atteindre la surface. Au contact de la chaleur du magma, la roche sédimentaire s’est transformée en une roche métamorphique très dure. À ce stade de la formation des collines, il n’y avait pas de « collines » au-dessus du sol mais seulement un dôme de roche dure enfoui dans la roche sédimentaire sous le niveau du sol.
Ce sont les glaciers qui ont découvert les collines en arrachant la roche sédimentaire friable qui les entourait. Comme le dôme de roche métamorphique était très dur, il a pu résister aux glaciers, ce qui explique que les collines sont maintenant au-dessus du niveau du sol. [iii]
Mais ce qui est encore plus curieux, c’est qu’à la fonte des glaciers, il s’est formé une mer –la mer de Champlain– dont les eaux se sont tranquillement retirées, laissant surgir peu à peu le continent que nous connaissons aujourd’hui. Or, les premiers monticules a surgir de la mer de Champlain, furent sans doute les montérégiennes qui furent donc, il y a dix mille ans, archipel de la mer de Champlain. Ainsi commence le magnifique texte au sujet de « La montagne de Belœil » du frère Marie Victorin dans son livre Croquis laurentiens : Au temps effroyablement lointain où l’humanité ne vivait encore que dans la pensée de Dieu, où notre vallée laurentienne était un bras de mer agité de tempêtes, une suite d’îlots escarpés émergeaient, comme d’immenses corbeilles de verdure, sur l’eau déserte et bleue. Les soulèvements de l’écorce ayant chassé les eaux océanes ne laissèrent au creux de la vallée que la collection des eaux de ruissellement, et les îlots apparurent alors sur le fond uni de la plaine alluviale comme une chaîne de collines détachées, à peu près en ligne droite, et traversant toute la vallée depuis le massif alléghanien jusqu’à l’île de Montréal.[iv]
Les dimanches matins, après le solstice d’hiver, Andrew, moi et bien d’autres encore, aimons gravir des îles de la mer de Champlain. Ont ainsi pris part à nos initiatives personnelles : Pierre-Alexandre Saint-Yves, Laurent-Philippe Baril, François Perron, Alexandre Lacroix, Mathieu Bergeron et Mădălina Burtan. Ajoutons aussi qu’un petit groupe de géopoéticiens de La Traversée ont aussi gravi le mont Saint-Hilaire à l’automne 2007 dans la même perspective, que j’espère bien rendre compte, ici, aujourd’hui.
Récit d’ascension
Dans notre bagnole, Andrew et moi remarquons un pic rocheux au sommet du mont Saint-Hilaire. Comme une tétine de mamelon –donnant raison à l’appellation familière que donnaient les habitants à leur colline–, le sommet, que l’on appelle aussi le Pain-de-Sucre, tirerait son nom, selon Pierre Lambert, « des pains de sucre que l’on fabriquait autrefois avec du sucre d’érable[v]. » Il s’érige devant nous : un objectif à atteindre. En bas de la montagne, le chemin pour nous y conduire nous paraît fort abrupt. La vie, elle-même, n’est-elle pas abrupte ? « À pic ! », comme nous disons. Rapidement, nous rationalisons : « y a-t-il un mérite à gravir une petite colline de neige légèrement abrupte en hors-piste ? »
Pour le moment, nous devons garer la voiture quelque part. Nous cherchons un stationnement. Un curieux petit poème urbain se dresse devant nous : Défense de stationner, Stationnement réservé aux détenteurs de vignettes et cetera. Nous y percevons un pied de nez banlieusard adressé aux Montréalais que nous sommes, avides de nature à portée de main. Puisque nous ne pouvons pas stationner notre voiture sur la rue Wolfe, nous le faisons finalement sur la rue Montcalm, qui sonne plus doucement dans le creux de nos oreilles.
Puis, les interdits recommencent de plus bel : Propriété privée, Chemin privé, Aire de protection naturelle, Sentier fermé en période estivale, Sentier hivernal : Raquettes seulement.
« Ouf ! C’est compliqué faire acte de géopoétique ! »
Nous n’avons pourtant que l’hiver pour nous défendre. Mais à ceux qui ont le nez trop enfoui dans les tables de la Loi, nous leur répondons que nous sommes désolés, mais tous les arbres n’affichent pas des panneaux d’interdictions. Tant pis, nous commencerons notre ascension ici.
Nous fixons notre objectif en esprit. Nous sommes des roofs drinkers, chercheurs de sommets. Bien vite nous perdons de vue le Pain-de-Sucre que nous voulons atteindre.
Il nous faut découper notre ascension en stations ; souvent, elles-mêmes délimitées par la verve et la prise de la branche de l’arbre et par la présence millénaire de ces rochers épars.
« Que faites-vous là ? » demandons-nous à ces cailloux, ces blocs erratiques. Nul doute de la présence glaciaire.
Nous nous arrêtons pour respirer un peu d’air frais. Malgré les 15 degrés Celsius sous la barre de zéro, nous avons chaud. Nous transpirons. Aussi, le pin, le cèdre, le tilleul, le bouleau, l’érable, le chêne nous gardent chaudement en haleine.
Des traces montantes de chevreuils sur la neige… Nous les suivons, car nous savons que –mieux que nous– les animaux sentent les dénivellations et, par instinct de survie, refusent de courir le risque de tomber. Les animaux tapent la neige et tracent des parcours qui contournent les obstacles. Ils savent où poser le pied. Jamais ils ne marchent sur la pierre fatale –la pierre angulaire, glacée, qui les ferait culbuter dans le vide.
Nous nous agrippons aux branches des arbres.
Chaque fois que c’est le cas, je remercie l’arbre pour ce coup de main ! « Merci vielle branche ! » Nous évitons le bris. Nous ne mettons pas tout notre poids sur ces maigres branches. Nous les empoignons faiblement pour nous maintenir en équilibre.
N’étant ni chevreuils, ni lynx, ni renards, nous sommes obligés de redevenir quadrupèdes par endroit. Nous balayons les rochers pour vérifier ce qui se cache sous la neige. « Non Andrew ! Ce rocher n’est pas couvert de glace ! » S’il en avait été ainsi, il nous aurait fallu contourner l’obstacle.
À quatre pattes, couchés dans la neige, nous poursuivons notre ascension. Quand nous nous arrêtons pour respirer, nous nous tournons en direction de la vallée laurentienne. Nous contemplons la Montérégie.
Des oiseaux de proie tourbillonnent au-dessus de la montagne. Ne cherchent-ils pas le crâne fracassé des poètes débutants, avides de sommets, contre les rochers ?
Un coup de bassin et naît l’homme. Un bris de bassin et meurt l’homme.
Avec ou sans faucon pèlerin, nous gravissons et gravitons sur des montagnes protégées sans nous soucier de la doctrine de l’alpinisme. Nous avons toutefois une éthique fondamentale : rester à hauteur d’homme, c’est-à-dire respecter ses propres limites aussi bien dans sa personne que dans la nature environnante.
Nous cherchons aussi le deuxième souffle. Nous grimpons ces petites collines comme nous cherchons à boire l’impossible, l’infigurable, l’inquiétante sonorité du monde, le poème fondateur du magma musical du dehors…
Quel bonheur de grimper avec des musiciens qui peuvent chanter l’ascension ! Nous sommes tous plus ou moins alchimistes et nous construisons des paysages comme une mélodie, un pays, un passé et un avenir.
Nous lisons la partition du ciel. En sol majeur — le fleuve Saint-Laurent majestueux ; en mi mineur — la Richelieu ; En do — Rougemont ; En ré — la royale Montérégie ; en fa — le mont Saint-Bruno.
Sans fin la soif, sans fin la symphonie d’ascension. Approchant le sommet, nous remarquons que la neige change de texture. Exposée à de plus grands froids et à de grands vents, une croûte de neige a durci. Nous l’entendons croustiller. Ainsi, pour nous maintenir en équilibre, nous devons nous faire plus pesants. Moins d’arbres au sommet couvrent cette partie. Comme une tête calvitiée.
Au sommet : histoires de croix et abyme de grimpeurs
Au sommet, le froid. Le silence. Nous sommes à bout de souffle et estomaqués par l’insaisissable beauté montérégienne. Nous regardons poindre la vallée du Richelieu, l’ultime Laurentie, les montagnes brunes, la brunante à venir et le mont Saint-Bruno… Puis ce sont les éclosions bleues et blanches. Nous rendons hommage en quelque sorte à un drapeau fleurdelisé du firmament.
Quel éblouissement ! dit le frère Marie Victorin. Sous nos yeux, comme sur la page ouverte d’un gigantesque atlas, toute une vaste portion de la Laurentie ! […] De ce magnifique observatoire du Pain-de-Sucre, on ne se lasse pas de regarder la plaine, la plaine sans fin qui fuit en s’apetissant vers tous les coins de l’horizon. [vi]
À l’horizon, nous constatons qu’aucun immeuble ne surclasse le sommet naturel du mont Royal. Toute l’urbanité se fond dans la royale montagne. Effacer la ville avec de la roche métamorphique.
Un petit Cesna passe à ras de montagne. Par politesse nous le saluons et il nous rend la pareille en faisant quelques mouvements d’ailes.
Le souvenir de la glace.
Si d’autres cherchent dans les Églises ou les lieux de prière un moyen pour s’élever spirituellement, gravir des montagnes le dimanche après-midi est un acte poétique fort de sens. Nos ascensions dominicales nous amènent à une métaphysique montagnarde. Tenons nous cependant loin du dogme. Parlant de dogme, pourquoi n’y a-t-il plus de croix au sommet du mont Saint-Hilaire ? Le frère Marie Victorin nous apprend non seulement qu’à une certaine époque il y avait une croix sur le Pain-de-Sucre, mais il y avait aussi une chapelle où les visiteurs allaient se recueillir : À cette époque déjà lointaine, les fidèles, venus de tout le pays d’alentour, montaient ici en parcourant les stations du Chemin de la Croix disséminées le long du sentier de la montagne. Sur ce sommet, ils trouvaient une chapelle et une grande croix de cent pieds de hauteur. Le pèlerinage n’est plus ; la foudre a incendié la chapelle et abattu la croix, dont on peut voir quelques débris, plus menus d’année en année.[vii]
La croix n’est restée que cinq ans sur ce dôme de rochers métamorphiques, cet observatoire. Quelques photos et illustrations témoignent de cette volonté de crucifier le sommet montérégien de la colline.
Je me souviens également d’une autre croix que nous pouvions voir, lorsque j’étais plus jeune, chaque fois que nous passions sur la route qui borde le versant de la falaise Dieppe, « qui tire son nom du Foyer Dieppe, un centre de réhabilitation des épileptiques, créé en 1946 ; il devînt le Foyer Savoy en 1969 et fut démoli en 1991.[viii] » Mes parents m’avaient conté que cette croix commémorait la mort d’un enfant téméraire qui avait tenté de gravir le mont Saint-Hilaire par son versant le plus abrupt. L’enfant en était tombé. A-t-on trouvé sa dépouille ? Je l’ignore. Je sais cependant qu’on a planté une croix blanche en souvenir de cette ascension tragique.
Pendant plusieurs années, nous avons pu percevoir cette croix qui s’élève à environ 240 mètres au-dessus du Richelieu. À chaque fois que je la voyais, mes parents me dissuadaient de répéter l’exploit de cet enfant grimpeur. Curieux et fasciné par la montagne, je leur demandais qu’ils me racontent à nouveau l’histoire tragique, comme pour en connaître un détail supplémentaire qui m’aurait échappé : « que cherchait l’enfant ? Qu’est-ce qui l’avait poussé à monter ? »
Bien des années plus tard, dans le livre de Pierre Lambert, intitulé Le mont Saint-Hilaire, j’ai su quelques détails supplémentaires au sujet de cette histoire : Au pied de la falaise [de Dieppe], une croix blanche visible du boulevard Sir Wilfrid-Laurier rappelle la mort d’un jeune scout de dix ans, Jean-Paul Courville, décédé le 23 juin 1941 alors qu’il allait cueillir des fraises avec des amis. La croix fut érigée par des scouts en 1949 et remplacée par les pompiers de Mont-Saint-Hilaire vingt ans plus tard[ix].
Pour les enfants aventuriers, le mont Saint-Hilaire était à la fois menace et attraction. Malgré les histoires, les patrouilleurs nocturnes, les panneaux d’interdictions, l’UNESCO et bien d’autres arguments d’autorité, je dois avouer que j’ai souvent désobéi aux interdits des terriens : combien de fois ai-je grimpé des sommets, des arbres, des toits abandonnés et j’en passe. Tout cela par et pour la géopoétique.
Aujourd’hui, nous ne percevons plus la croix –sans doute disparue sous l’effet de la neige, du vent et autres facteurs. En plus des nombreuses chroniques littéraires, d’autres histoires insolites ornent toujours la montagne : la grotte des fées, le cheval blanc, le vieil Hermite, le volcan, le mystère du lac Hertel, les boussoles démagnétisées, les ovnis… Nous pouvons entre autres les lire dans le livre Contes et légendes du mont Saint-Hilaire, de Pierre Lambert[x].
La falaise de Dieppe
Le relief de la falaise de Dieppe est bien plus saisissant que la plupart de ces «montagnes» évoquées par les Campbell et il a contribué pour beaucoup à cette impression de montagne élevée attribuée au mont Saint-Hilaire. Avec ses 175 m de hauteur et ses pentes quasi verticales. Dans certains secteurs, le secteur exerce une forte attraction sur les grimpeurs et les alpinistes amateurs. La surface de la falaise de Dieppe est extrêmement variée, passant de minces fissures à de larges fractures. Les couloirs d’éboulis ne sont pas rares et la roche y est souvent très instable. Les avancées rocheuses se transforment carrément en surplombs impressionnants que seuls quelques alpinistes ont atteints malgré les interdictions. Ailleurs, ce sont des arêtes ou des éperons qu’on aperçoit sur les parois. Mais, de tous les reliefs de la falaise de Dieppe, ce sont peut-être ces surfaces lisses qu’on appelle des dalles qui attirent le plus l’attention. La plus grande de ces dalles, qu’on distingue facilement du sol, est la Dalle verte. C’est une surface lisse qui paraît verticale (en réalité, elle présente une inclinaison de 75 degrés) et qui est constituée d’une roche verdâtre, d’où son nom; elle a près de 30 m de hauteur. À sa droite, la Tour rouge est une section fissurée qui approche 60 m. La Dalle noire, complètement à la gauche de la falaise, est aussi très connue des alpinistes[xi]. […]
Attraction montagnarde comme un pôle magnétique :
Est-ce pour cela [poursuit Lambert] que des visiteurs ont choisi d’y terminer leurs jours ou simplement parce que la montagne ne cesse jamais d’attirer ? Si l’on oublie les grimpeurs qui ont parfois payé de leur vie des ascensions suicidaires sur la falaise de Dieppe, c’est un fait connu que l’on y a parfois retrouvé des hommes qui avaient délibérément choisi de mettre fin à leurs jours. Un individu avait trouvé un endroit tellement reculé pour se pendre que, lorsqu’on le trouva par hasard, ce n’était plus qu’un squelette vêtu de vêtements en lambeaux[xii].
Redescendre
Andrew, moi et tous nos amis grimpeurs doivent un jour ou l’autre redescendre avant la brunante, avant la tempête parfois. Nous descendons des nuées. Obéissants, nous suivons le sentier balisé « officiellement réservé aux raquetteurs », comme nous le fait sèchement remarquer le doyen du sommet. « Tu as raison Andrew, ce n’est pas aujourd’hui que nous –pauvres géopoéticiens–, nous ferons amis de la montagne. »
Nous redescendons comme un down. Nous suivons la piste C, puis la B. En quelques minutes, nous joignons le bas de la montagne que nous avons gravie en deux heures.
En bas, près du verger où nous avons stationné la voiture, nous regardons ce sommet avec la satisfaction masculine de l’avoir monté. Consommation de nature. Je reste cependant fasciné par ce versant abrupt et à-pic. J’ai encore de la difficulté à croire en notre ascension… Pourtant !
Quand un visiteur s’approche du mont Saint-Hilaire, surtout en arrivant par Belœil, le relief est si imposant qu’il ne faut pas s’étonner qu’on ait pensé jusqu’à la fin du xix siècle que c’était la plus haute montagne du Québec. Le relief «se dresse au-dessus de la plaine environnante», comme écrivent parfois les géographes. Cette impression de hauteur est accentuée par les parois rocheuses verticales qui font du mont Saint-Hilaire un massif saisissant qui frappe l’observateur. Ces parois et ces falaises lui donnent un aspect dramatique qu’on ne voit habituellement que dans des montagnes élevées.[xiii]
*
Le récit du géopoéticien n’est pas fictif, ni fabulation. Il est celui d’un voyageur qui n’a jamais fini de voyager, mais qui revient de temps à autres raconter ce qu’il a vu, ce qu’il a lu…
Ce voyageur avance à hauteur d’homme sur un paysage qu’il dessine et musarde, au rythme lyrique de ses pas. Son récit est vivant, lent comme la civilisation glaciaire. Son récit est vécu, in situ. Il est fait de ses entrailles, de ses propres limites et du monde environnant, cet autre monde.
À son récit, le géopoéticien y introduit le mot fin lorsque son cou se brise, lorsque la mort le disloque du langage.


[i] Une colline est un relief généralement modéré et relativement peu étendu qui s’élève au-dessus d’une plaine ou d’un plateau et se distingue dans le paysage. Les collines peuvent être isolées ou se regrouper en champs de collines. Contrairement aux pays anglo-saxons qui distinguent les collines (hills) des montagnes (mountains) en fonction de leur dénivelé (la limite est à 600 mètres environ), il n’existe pas en français de limite officielle. En particulier, de modestes collines (de 100 à 600 mètres), sont parfois qualifiées de « mont » ou « montagne » lorsque leur forme est abrupte ou lorsqu’elles constituent une barrière assez étendue à l’horizon. En français, cette dénomination « colline » est donc très subjective. En ligne ( colline ) Consulté le 13 janvier 2008.

[ii] La toponymie est issue d’une étude de Pierre Lambert dans son livre Le mont Saint-Hilaire, Québec, éditions du Septentrion, 2007, p.22-31.

[iii] En ligne. Collines montérégiennes Consulté le 13 janvier 2008.

[iv] Frère Marie Victorin, « La montagne de Belœil », in Croquis laurentiens, Montréal, Librairie des Frères des Écoles chrétiennes, 1946 (1920), p.45-46. Voir le lien suivant : Croquis laurentiens

[v] Pierre Lambert, op. cit., p.30.

[vi] Frère Marie Victorin, op.cit., p.48.

[vii] Ibid., p.52.

[viii] Pierre Lambert, op. cit., p.30.

[ix] Ibid., p.116.

[x] Pierre Lambert, Contes et légendes du mont Saint-Hilaire, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2007, 302 p. Voir aussi les liens suivants qui relatent d’autres histoires insolites au sujet d’objets volants non identifiés, notamment l’édition du 6 août 2005 de l’hebdomadaire L’œil régional : Mystère au-dessus du mont Saint-Hilaire ?, en ligne le 13 janvier 2008 ainsi que le site sur l’inexpliqué : Ovnis en ligne le 13 janvier 2008.

[xi] Pierre Lambert, op. cit., p.12-13.

[xii] Ibid., p.85.

[xiii] Ibid., p.11.

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